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L'hypnose ericksonienne : la méthode douce de Milton Erickson

Douce, indirecte, permissive : on qualifie souvent l'hypnose ericksonienne sans jamais l'expliquer. Derrière le mot, il y a un homme paralysé à 17 ans qui a réappris à bouger par l'imagination, et une méthode qui ne commande jamais rien.

Par Claudie Duval-Duvivier Publié le 7 min de lecture

Vous vous renseignez sur l’hypnose, et un mot revient partout : ericksonienne. Il est presque toujours suivi des mêmes adjectifs, douce, indirecte, permissive, et presque jamais expliqué. Vous n’êtes donc pas plus avancé.

Derrière ce mot, il y a un homme, Milton Erickson, et surtout une inversion de logique. L’hypnose de son époque commandait : « dormez », « vos paupières sont lourdes ». Erickson, lui, propose. Il raconte, il contourne, il laisse le choix. Et quand une personne résiste, il ne force pas : il se sert de cette résistance.

C’est l’une des trois formes d’hypnose que je pratique au cabinet à Bernay. Voici d’où elle vient, comment elle fonctionne concrètement, et ce qu’elle change pour vous si l’idée d’être manipulé vous met mal à l’aise.

Milton Erickson, le médecin qui a d’abord expérimenté sur lui-même

Milton Erickson est né en 1901 dans le Nevada et mort en 1980 en Arizona. Il était psychiatre. Sa méthode ne sort pas d’un laboratoire : elle sort de son propre corps.

À 17 ans, il contracte la poliomyélite. La paralysie est presque totale. Il reste des mois immobilisé, capable seulement de bouger les yeux, d’entendre et de parler. Un médecin annonce devant lui, en le croyant inconscient, qu’il ne passera pas la nuit. Il passe la nuit.

Pendant cette immobilité, il ne peut faire qu’une chose : observer. Il regarde sa petite sœur apprendre à marcher, décomposer chaque appui, chaque déséquilibre rattrapé. Il observe les gens autour de lui, leurs gestes, leurs silences, l’écart entre ce qu’ils disent et ce que fait leur corps. Et il travaille de l’intérieur : il se remémore la sensation d’un muscle qui se contracte, il l’imagine, il la répète mentalement, jusqu’à ce qu’un mouvement infime revienne. Il réapprendra à marcher ainsi, longuement, et fera même seul une descente en canoë pour rebâtir ses forces.

Ajoutez à cela qu’il était daltonien, dyslexique, et dépourvu d’oreille musicale. Erickson n’a jamais perçu le monde comme les autres, et il a passé sa vie à composer avec ce qu’il avait.

De cette expérience naît sa conviction centrale, celle qui fonde toute la méthode : chacun porte déjà en lui les ressources dont il a besoin. Le travail du thérapeute n’est pas d’apporter la solution de l’extérieur. Il est de créer les conditions pour que la personne retrouve la sienne. Cette phrase, sous sa plume, n’est pas une formule inspirante. C’est un compte rendu d’expérience.

L’hypnose ericksonienne, ou l’art de suggérer au lieu de commander

L’hypnose classique de l’époque fonctionnait par ordres. Le praticien affirmait, le patient exécutait ou échouait. Ceux qui n’obéissaient pas étaient déclarés « non hypnotisables », et renvoyés chez eux.

Erickson observe que cette catégorie n’existe pas. Ce n’est pas la personne qui résiste à l’hypnose, c’est la formulation qui ne lui convient pas. Il change donc la formulation.

Comparez ces deux phrases.

La version directive : « Vos paupières deviennent lourdes. Vous allez dormir. »

La version indirecte : « Vous pouvez laisser vos yeux se fermer quand ils seront prêts, maintenant ou dans un instant, comme vous préférez. »

La première exige. Si vos paupières ne s’alourdissent pas, vous avez échoué, et vous vous crispez. La seconde n’exige rien. Elle ouvre une possibilité, elle vous laisse le calendrier, et surtout elle rend l’échec impossible : quoi qu’il arrive, la phrase reste vraie.

Deuxième exemple, sur un motif concret. La version directive dirait : « Vous n’aurez plus jamais envie de fumer. » La version ericksonienne préfère : « Je me demande quel jour de la semaine prochaine vous remarquerez que vous avez oublié d’allumer une cigarette. » Elle ne commande pas l’arrêt. Elle déplace l’attention vers l’après, et elle laisse votre esprit faire le reste du chemin tout seul.

Il y a aussi les choix qui n’en sont pas tout à fait, et qu’Erickson affectionnait : « Préférez-vous que ce soit votre main droite ou votre main gauche qui devienne plus légère ? » Les deux réponses conviennent. La question porte sur le détail, jamais sur le principe, et vous restez celui qui décide.

C’est cela, la suggestion indirecte. Non pas une astuce pour vous prendre en défaut, mais une façon de proposer qui ne vous met jamais en position d’obéir ni de rater.

La métaphore thérapeutique, raconter plutôt qu’expliquer

L’autre grand outil d’Erickson est la métaphore thérapeutique (une histoire racontée pendant la séance, qui parle d’autre chose que de vous, et que votre esprit rapproche tout seul de votre situation).

Le principe est simple. Expliquer à quelqu’un ce qu’il devrait faire ne suffit presque jamais. Un fumeur connaît les risques. Une personne qui a peur de l’avion sait que l’avion est sûr. L’information passe par la porte du raisonnement, et le blocage n’est pas derrière cette porte.

Une histoire, elle, entre autrement. Je raconte le cas d’un jardinier qui découvre qu’un rosier ne repart pas parce qu’il l’arrose trop. Je décris un ruisseau qui rencontre un rocher, ne le pousse pas, le contourne, et continue. Je parle d’une maison dont on garde une pièce fermée depuis des années, et du jour où quelqu’un décide enfin d’ouvrir la fenêtre.

Je ne conclus pas. Je ne dis pas « et vous, c’est pareil ». Le rapprochement se fait sans moi, ou il ne se fait pas, et ce n’est pas grave. Quand il se fait, il vous appartient, ce qui n’est pas rien : personne ne défend une idée aussi bien que celle qu’il a trouvée lui-même.

Les histoires ne sont pas décoratives. Elles se construisent pendant l’entretien préalable, à partir de ce que vous m’avez dit, de vos mots à vous, de votre métier, de vos images. Une métaphore de jardinier ne sert à rien à quelqu’un qui déteste jardiner.

Si vous craignez d’être manipulé, c’est l’approche qui vous répond

C’est la peur que j’entends le plus souvent au téléphone, avant même la question du tarif. « Et si vous me faisiez faire quelque chose que je ne veux pas ? »

Regardez ce que nous venons de décrire. Une méthode qui propose au lieu d’ordonner. Qui vous laisse choisir le moment. Qui raconte une histoire sans jamais vous imposer sa morale. Qui rend l’échec impossible parce qu’elle n’exige aucune performance. On ne peut pas construire une méthode moins contraignante, et c’est exactement l’inverse de l’image que le grand public garde de l’hypnose.

Erickson allait plus loin encore avec ce qu’il appelait l’utilisation. Si un patient refusait obstinément d’entrer en hypnose, il ne combattait pas ce refus : il l’intégrait. « Vous n’avez aucune envie de fermer les yeux, et c’est parfaitement légitime. Alors gardez-les ouverts, et fixez ce point du mur aussi longtemps que vous en aurez envie. » La résistance cesse d’être un obstacle. Elle devient le matériau.

Cela dit deux choses. D’abord, aucune part de vous n’est traitée en adversaire. Ensuite, rien ne fonctionne sans votre accord. Une suggestion n’est efficace que si une part de vous la trouve acceptable. Si je vous proposais quelque chose qui heurte vos valeurs, vous le refuseriez, sans effort et sans drame, et la séance continuerait.

Soyons également honnêtes sur ce que l’hypnose peut prétendre. Le rapport de l’Inserm publié en 2015, Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose, reconnaît un intérêt réel dans certaines indications, notamment le syndrome de l’intestin irritable et l’accompagnement de l’anesthésie, tout en soulignant que le niveau de preuve reste limité ailleurs, faute d’études de qualité suffisante. L’hypnose est un accompagnement, complémentaire d’un suivi médical, jamais un substitut. Les résultats varient selon les personnes.

À qui cette approche convient particulièrement

Toutes les personnes ne fonctionnent pas de la même façon, et c’est bien pour cela que je pratique plusieurs méthodes. L’approche ericksonienne convient particulièrement dans quelques cas de figure.

Si vous supportez mal qu’on décide à votre place, elle est faite pour vous. Les tempéraments indépendants, ceux qui se cabrent d’instinct devant une consigne frontale, obtiennent souvent d’excellents résultats avec une méthode qui ne leur ordonne rien.

Si vous êtes très rationnel et que vous vous méfiez de tout ce qui ressemble à du mysticisme, elle vous convient aussi. Elle passe par des images, pas par des croyances. Vous n’avez rien à croire pour que le travail avance.

Si vous avez déjà tenté l’hypnose ailleurs et que « ça n’a pas marché », il vaut la peine de réessayer autrement. Il n’existe pas de personnes non hypnotisables. Il existe des formulations qui ne conviennent pas.

Enfin, elle se prête bien aux motifs où le symptôme dit autre chose que lui-même : une peur ou une phobie installée, une anxiété qui s’entretient toute seule, un blocage dont l’origine reste floue. Sur l’anxiété, j’ai détaillé ce que montrent les études dans hypnose contre l’anxiété.

Un mot d’histoire, pour finir, car la confusion est fréquente. Les fondateurs de la programmation neurolinguistique ont observé Erickson au travail dans les années 1970 et se sont largement inspirés de ses formulations. Ce sont pourtant deux disciplines distinctes. Je pratique l’hypnose ericksonienne, je ne pratique pas la PNL.

Essayer l’hypnose ericksonienne à Bernay, à domicile ou en visio

Vous n’avez pas à choisir votre méthode avant d’appeler. C’est mon travail, pas le vôtre.

L’approche se décide pendant l’entretien qui ouvre la séance, en vous écoutant. L’hypnose ericksonienne est l’une des trois que je pratique, aux côtés de l’hypnose Sajece, la méthode douce de Camille Griselin, et de l’hypnose spirituelle et symbolique, plus introspective. Le choix peut changer d’une séance à l’autre, et il m’arrive de passer de l’une à l’autre au milieu d’un accompagnement. Ces trois approches sont présentées sur la page séance d’hypnose. Si vous vous demandez ce qui se passe concrètement une fois la porte refermée, le déroulé complet est décrit dans comment se passe une séance d’hypnose.

La première séance dure 1h30 et coûte 70 euros, les séances suivantes une heure pour 65 euros, au cabinet, 7 rue Bernard Gombert à Bernay, à votre domicile dans un rayon de dix kilomètres, ou en visio partout en France. Le tarif est identique dans les trois cas, et le détail figure sur la page tarifs.

Si vous hésitez encore entre plusieurs approches d’accompagnement, la comparaison entre hypnose et sophrologie vous aidera peut-être à y voir clair. Et si vous préférez simplement poser vos questions avant de vous engager, appelez-moi. Cinq minutes suffisent souvent.

Questions fréquentes

Quelle différence avec l'hypnose directive ? +

L'hypnose directive donne des ordres : « vos paupières sont lourdes, vous allez dormir ». L'approche ericksonienne propose et laisse le choix : « vous pouvez laisser vos yeux se fermer quand ils seront prêts ». Le résultat visé est le même, mais la seconde n'exige aucune obéissance. Elle convient donc beaucoup mieux aux personnes qui n'aiment pas qu'on décide à leur place.

Peut-on me manipuler avec des suggestions indirectes ? +

Non, et c'est justement l'inverse. Une suggestion indirecte est une proposition, pas une injonction : elle ne fonctionne que si une part de vous l'accepte. Vous restez conscient, vous entendez ma voix, vous pouvez répondre, bouger ou interrompre la séance. Une suggestion contraire à vos valeurs se heurte simplement à un refus, sans que j'aie besoin d'insister.

Cette méthode fonctionne-t-elle si je suis très rationnel ? +

Souvent très bien. Les personnes rationnelles résistent d'instinct aux consignes frontales, et c'est exactement le terrain de l'hypnose ericksonienne : elle contourne au lieu d'insister. Le scepticisme n'est pas un obstacle. Ce qui compte, c'est le désir réel de changer quelque chose, pas la croyance dans la méthode elle-même.

Dois-je choisir ma méthode avant de prendre rendez-vous ? +

Non. Vous n'avez rien à décider à l'avance. Le choix de l'approche se fait pendant l'entretien qui ouvre la séance, en fonction de ce que vous venez travailler et de votre façon de fonctionner. Il peut d'ailleurs changer d'une séance à l'autre, et parfois au milieu d'une même séance.

L'hypnose ericksonienne et la PNL, est-ce la même chose ? +

Non. Les fondateurs de la programmation neurolinguistique ont observé Erickson au travail dans les années 1970 et se sont inspirés de ses formulations. Ce sont pourtant deux approches distinctes, avec des cadres et des objectifs différents. Je pratique l'hypnose ericksonienne, je ne pratique pas la PNL.

Claudie Duval-Duvivier, hypnothérapeute à Bernay

À propos de l'auteure

Claudie Duval-Duvivier est hypnothérapeute à Bernay, dans l'Eure, depuis 2017. Maitre Praticien en hypnose, formée à sept méthodes complémentaires, elle accompagne enfants, adolescents, adultes et seniors sur les troubles anxieux, le sommeil, les addictions, la confiance en soi et la libération émotionnelle.

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