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Lâcher prise : trois techniques inspirées de l'hypnose

« Lâchez prise », vous a-t-on dit. Et cela n'a rien changé. Voici trois exercices précis, décrits pas à pas, avec leur durée, que vous pouvez pratiquer seul dès aujourd'hui. Je vous dis aussi franchement où ils s'arrêtent.

Par Claudie Duval-Duvivier Publié le 8 min de lecture

« Lâchez prise. » On vous l’a sûrement déjà dit, avec les meilleures intentions du monde. Et cela n’a rien changé, sinon ajouter un peu de culpabilité à la tension déjà présente. Le problème n’est ni votre volonté ni votre intelligence de la situation. Le problème, c’est qu’on ne lâche pas prise sur commande.

Je vous propose ici trois exercices concrets, inspirés de ce que j’utilise en séance et adaptés pour être pratiqués seul, chez vous, sans matériel et sans expérience préalable. Chacun est décrit pas à pas, avec sa durée. Je vous dirai aussi ce qu’ils font vraiment, et où ils s’arrêtent.

Pourquoi l’injonction « lâchez prise » ne marche jamais

Essayez de ne pas penser à un ours blanc pendant dix secondes. Vous voyez le résultat.

C’est le mécanisme exact de l’injonction au lâcher-prise. Pour vérifier que vous ne pensez plus à ce qui vous préoccupe, vous devez y penser. L’effort de contrôle entretient précisément ce qu’il prétend supprimer. Plus vous forcez, plus vous serrez.

Il y a une deuxième raison, physiologique celle-là. Quand vous ruminez, votre système nerveux sympathique, la branche qui accélère et prépare à l’action, est activé. Le cœur bat plus vite, les muscles se tendent, la vigilance monte. Aucune décision mentale ne suffit à éteindre ce système. Il ne se commande pas, il se désamorce, par des voies indirectes qui passent par le corps et par l’attention.

C’est tout le déplacement que je vous propose. Cessez de chercher à lâcher prise. Créez plutôt les conditions dans lesquelles le relâchement devient possible, puis laissez-le venir. La nuance semble mince. En pratique, elle change tout.

Les trois exercices qui suivent agissent chacun sur un levier différent : le souffle, l’attention sensorielle, la distance avec la pensée. Vous pouvez les pratiquer séparément ou à la suite, dans cet ordre. Aucun ne demande de croire à quoi que ce soit.

Exercice 1 : la respiration 4-6, cinq minutes pour faire retomber la tension

C’est le plus simple et le plus rapide. Il agit directement sur le rythme cardiaque.

Durée : 5 minutes.

  1. Asseyez-vous, le dos soutenu, les pieds à plat au sol. Posez une main sur le ventre.
  2. Commencez par une expiration longue, par la bouche. Videz complètement.
  3. Inspirez par le nez en comptant lentement jusqu’à 4. C’est le ventre qui se gonfle sous votre main, pas les épaules qui montent.
  4. Expirez par la bouche, lèvres légèrement pincées comme pour souffler sur une cuillère de soupe, en comptant jusqu’à 6.
  5. Enchaînez sans pause forcée. Vous êtes autour de six cycles par minute.
  6. Continuez cinq minutes, soit une trentaine de cycles.

Le point clé est le rapport entre les deux temps : l’expiration doit être plus longue que l’inspiration. Ce n’est pas un détail de confort. Une expiration allongée stimule le système nerveux parasympathique, la branche qui freine, celle qui ralentit le cœur et relâche les muscles. Vous n’ordonnez pas à votre corps de se calmer. Vous actionnez le levier qui le fait pour vous.

Si le comptage jusqu’à 4 vous essouffle, réduisez à 3-5. Le rapport compte, pas les chiffres absolus. Si vous ressentez un vertige, revenez à une respiration normale : vous forcez trop.

Quand l’utiliser : avant un entretien, dans la voiture à l’arrêt et moteur coupé, au bureau entre deux réunions, ou au moment du coucher quand les pensées tournent. Sur ce dernier usage, j’ai consacré un article entier à l’endormissement et aux ruminations du soir, si c’est votre difficulté principale : comment l’hypnose peut vous aider à mieux dormir.

Exercice 2 : l’ancrage 5-4-3-2-1, trois minutes pour revenir au présent

Quand vous ruminez, vous n’êtes pas là. Vous êtes hier, dans le regret d’une phrase mal dite, ou demain, dans l’anticipation de ce qui pourrait mal tourner. Votre corps, lui, est ici. Cet écart est le carburant de la tension.

Cet exercice referme l’écart, en occupant l’attention avec du réel.

Durée : 3 minutes.

  1. Sans bouger de là où vous êtes, nommez mentalement 5 choses que vous voyez. Pas « une fenêtre », mais « la trace de doigt sur le montant de la fenêtre ». Le détail précis est ce qui rend l’exercice efficace.
  2. Nommez 4 choses que vous entendez. Cherchez aussi les plus lointaines : un moteur dehors, le bourdonnement du frigo, votre propre respiration.
  3. Nommez 3 choses que vous sentez par le contact : le tissu sur vos avant-bras, le sol sous vos talons, la température de l’air sur vos mains.
  4. Cherchez 2 odeurs. Si vous n’en trouvez pas, continuez à chercher : c’est l’acte de chercher qui occupe l’attention, pas le résultat.
  5. Repérez 1 goût, ou simplement la sensation actuelle dans votre bouche.

Vous pouvez nommer à voix basse, cela renforce l’effet. Si la pensée revient au milieu, ce qui arrivera, reprenez calmement au début.

Pourquoi cela fonctionne : l’attention est une ressource limitée. Décrire précisément un détail sensoriel occupe exactement le canal que la rumination utilise. Ce n’est pas une distraction, c’est une réorientation. C’est aussi, très exactement, ce que je fais au début d’une séance, quand je décris à voix haute le poids de votre corps sur le fauteuil et les bruits autour. Le déroulé complet est détaillé dans comment se passe une séance d’hypnose.

Exercice 3 : regarder la pensée passer au lieu de la combattre

Une pensée obsédante se nourrit de la lutte. Chaque fois que vous la repoussez, vous la reconnaissez comme importante, et elle revient plus fort. La seule sortie consiste à changer de position : cesser d’être dans la pensée, et devenir celui qui la regarde.

Durée : 10 minutes.

  1. Asseyez-vous, yeux fermés. Réglez une minuterie, pour ne pas avoir à surveiller l’heure.
  2. Faites trois respirations lentes, sur le rythme 4-6 vu plus haut.
  3. Imaginez un quai de gare. Vous êtes assis sur un banc. Vous n’attendez aucun train, vous êtes simplement là.
  4. Quand une pensée arrive, ne la chassez pas. Posez-la dans un wagon, et donnez-lui un seul mot : « travail », « dispute », « argent », « demain ».
  5. Le train part. Vous restez sur le banc. Vous ne montez pas dedans.
  6. Une autre pensée vient, souvent la même. Même geste, même mot, même départ. Sans commentaire, sans jugement.
  7. À un moment, vous vous apercevrez que vous êtes monté dans le train, autrement dit que vous ruminez à nouveau. C’est normal, et c’est le cœur de l’exercice : constatez-le, et revenez au banc.

Ce dernier point mérite d’être souligné, parce qu’il décide de tout. Revenir au banc vingt fois en dix minutes n’est pas un échec, c’est l’exercice lui-même. Chaque retour est une répétition. Un calme parfait de dix minutes n’existe chez personne, et surtout pas chez moi.

Un mot sur ce que cet exercice n’est pas : il ne s’agit jamais de se forcer à ne penser à rien. Cette consigne est absurde et vous mettrait en échec en trente secondes. Il s’agit de laisser les pensées venir, en changeant simplement de place par rapport à elles.

Si le quai de gare ne vous parle pas, remplacez-le par des nuages qui traversent le ciel, ou des feuilles qui descendent une rivière. L’image doit être la vôtre pour fonctionner.

Ce que ces exercices font, et ce qu’ils ne font pas

Je préfère être franche, quitte à écorner l’enthousiasme.

Ces trois exercices sont des outils d’appoint. Ils apaisent sur le moment, ils font baisser l’intensité, ils vous redonnent quelques centimètres de recul quand la tension monte. Pratiqués tous les jours, même cinq minutes, ils vous apprennent surtout à repérer plus tôt le moment où ça commence à serrer. C’est déjà beaucoup.

Ils ne traitent pas la cause. Si le même schéma se répète depuis des années, si le besoin de tout contrôler s’est installé après un événement précis, si quelque chose de plus ancien est en jeu, aucune respiration ne le dénouera. Vous soulagerez le symptôme pendant vingt minutes, et il reviendra. Ce n’est pas de votre faute, et cela ne signifie pas que vous pratiquez mal.

Trois précautions, sans détour :

  • Ne pratiquez jamais ces exercices en conduisant, ni à vélo, ni en manipulant une machine. Ils détournent l’attention et se font souvent yeux fermés. La respiration 4-6 dans la voiture, oui, mais à l’arrêt et moteur coupé.
  • Si l’angoisse est envahissante au point de vous empêcher de vivre normalement, si vous ne dormez plus, si vous évitez de sortir, consultez votre médecin. Un exercice de respiration ne prend pas en charge un trouble anxieux caractérisé.
  • Ne modifiez aucun traitement en cours sur la foi d’un soulagement ressenti. Cette décision appartient à votre médecin.

Sur le plan des preuves, restons mesurés. Le rapport de l’Inserm publié en 2015, Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose, conclut à un intérêt réel dans certaines indications, notamment le syndrome de l’intestin irritable et l’accompagnement de l’anesthésie, mais souligne un niveau de preuve limité ailleurs, faute d’études de qualité suffisante. J’ai détaillé ce que disent les données concernant la tension et l’inquiétude dans un article dédié aux études. Ce que je vous décris ici relève d’outils de régulation, pas d’un traitement.

Lâcher prise avec l’hypnose : quand l’exercice ne suffit plus

Il y a un signe assez fiable. Vous pratiquez, cela vous soulage réellement, puis tout revient à l’identique quelques heures plus tard. Vous savez parfaitement ce qu’il faudrait faire, et quelque chose en vous refuse de le faire. Ce quelque chose ne cède pas à la raison.

Ce n’est pas un défaut de volonté. C’est presque toujours un mécanisme protecteur, installé un jour où il servait à quelque chose, et resté actif bien après. Le contrôle permanent a souvent été une solution avant de devenir un problème.

En séance, je ne vous demande donc jamais de lâcher prise. Nous cherchons ensemble à quoi vous tenez si fermement, et ce que ce contrôle protège. C’est en le comprenant que la main s’ouvre, pas en tirant dessus. Selon les personnes, je m’appuie sur l’hypnose Sajece, une méthode douce que je pratique depuis 2017, ou sur l’hypnose ericksonienne, qui travaille par images et par suggestions indirectes. Le choix se fait pendant l’entretien, avec vous.

Je ne promets rien de chiffré. Comptez souvent trois à six séances selon l’ancienneté du schéma, et sachez que les résultats varient d’une personne à l’autre. Le détail de cet accompagnement se trouve sur la page consacrée aux blocages émotionnels.

En pratique : la première séance dure 1h30 et coûte 70 euros, les séances suivantes une heure pour 65 euros, au cabinet du 7 rue Bernard Gombert à Bernay, à votre domicile dans un rayon de 10 kilomètres, ou en visio partout en France.

En attendant, ces trois exercices sont à vous. Ils ne coûtent rien, ils ne demandent aucun rendez-vous, et ils fonctionnent d’autant mieux qu’on les pratique sans rien en attendre.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il pratiquer avant de sentir un effet ? +

L'effet immédiat de la respiration 4-6 se ressent en général au bout de trois à quatre minutes : le cœur ralentit, les épaules descendent. L'effet durable, lui, demande de la répétition. Comptez deux à trois semaines de pratique quotidienne, même brève, pour repérer plus tôt la montée de tension et la désamorcer avant qu'elle ne s'installe.

Ces exercices sont-ils de l'auto-hypnose ? +

Pas exactement. Ce sont des outils de régulation inspirés de ce que j'utilise en séance, notamment lors de l'induction. L'auto-hypnose suppose un travail plus construit, avec un objectif formulé et une méthode apprise. Ces trois exercices apaisent l'état du moment, ils ne remplacent pas un travail thérapeutique structuré.

La respiration profonde augmente mon angoisse, est-ce normal ? +

Cela arrive, notamment chez les personnes très attentives à leurs sensations corporelles. Se concentrer sur le souffle peut alors amplifier l'inquiétude. Dans ce cas, laissez la respiration de côté et commencez directement par l'ancrage sensoriel, qui oriente l'attention vers l'extérieur plutôt que vers le corps. Si la gêne persiste, parlez-en à votre médecin.

Puis-je pratiquer ces exercices avec mon enfant ? +

L'ancrage sensoriel et l'image du quai de gare fonctionnent bien avec les enfants, souvent mieux qu'avec les adultes, car ils entrent dans l'image sans résistance. Adaptez la durée : deux à trois minutes suffisent. Évitez en revanche les comptages respiratoires imposés, qui les crispent plus qu'ils ne les apaisent.

Si les exercices me soulagent, puis-je réduire mon traitement ? +

Non, jamais de votre propre initiative. Un anxiolytique ou un antidépresseur ne s'arrête pas sans avis médical, et l'arrêt brutal peut être dangereux. Ces exercices se cumulent très bien avec un traitement et un suivi médical. Seul votre médecin décide d'un ajustement, en fonction de votre situation.

Claudie Duval-Duvivier, hypnothérapeute à Bernay

À propos de l'auteure

Claudie Duval-Duvivier est hypnothérapeute à Bernay, dans l'Eure, depuis 2017. Maitre Praticien en hypnose, formée à sept méthodes complémentaires, elle accompagne enfants, adolescents, adultes et seniors sur les troubles anxieux, le sommeil, les addictions, la confiance en soi et la libération émotionnelle.

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